1935 - La construction

40 ans.

Décembre 1974.

Ami !

Tu me demandes de « t’expliquer » la Molliette ?

Mais c’est que ce n’est pas si simple, parce que l’épopée de cette réalisation ne peur pas être dissociée de la vie du Clan Routier de l’époque.

Le Chef du Groupe de St-Paul, Monsieur F. Delessert, m’avait chargé, au printemps de 1933, d'organiser un Clan Routier afin que la douzaine d'adolescents disponibles, sur le point de s'en aller, puissent encore bénéficier d'une certaine orientation scoute, mais adaptée à leur âge.

Une de mes premières difficultés fut de trouver des activités diver­sifiées susceptibles d'intéresser aussi bien les gymnasiens que les apprentis. Après la recherche, la découverte et l'aménagement d'un local qui nous soit propre, nous nous attelions à un programme d'ac­tivités régionales en collaboration avec d'autres clans, mais les buts en étaient si utopiques que çà "n'accrocha" personne.

C'est alors que fit surface une idée qui me tenaillait depuis quel­que temps: réaliser un "truc" qui puisse "Servir" (selon notre de­vise). Je m'en ouvris alors au C.G. qui m'encouragea à concrétiser ce projet encore vague qui était de construire dans les proches Bois du Jorat une cabane ou un refuge capable d'abriter momentanément une ou deux patrouilles, et peut-être chauffable par une simple "pipe", sans dortoir.

Voilà, Ami, la pichenette de départ d'une merveilleuse aventure. L'Affaire, présentée aux routiers, soulève leur enthousiasme:

Nous partons immédiatement en chasse, furetant, individuellement ou par équipes, le long de kilomètres de lisières, entre le Flon et la Chandelard, à la recherche du "coin idéal", pas trop près d'habita­tions, mais pas trop loin d'une ferme (eau et lait). En automne 1934, nous découvrons enfin le lieu que tu connais et, grâce à la compré­hension et à la gentillesse du propriétaire, Monsieur William REGAMEY, nous établissons le premier contrat de location. Pendant ce temps, notre Murisier, en fin d'apprentissage de dessinateur-architecte, établit les plans définitifs, passablement éloignés du maigre projet initial... Le C.G, m'avait suggéré un mot d'ordre de départ: un tex­te biblique qui dit: "Celui qui veut construire sa maison s'assied, et il en suppute le prix", Oh: Combien de fois ne nous sommes-nous pas assis... Finalement le prix fut "supputé" à Fr. 1800.-. Chaque rou­tier prit l'engagement de placer chez ses connaissances 5 parts de prêt de Fr. 20.- chacune, remboursables. Malgré que ceci doit te sembler bien modique, â l'époque ce ne fut pas des plus facile. Mais, compréhensifs et émerveillés par notre ardeur, tous ces prêteurs (l'Innovation y comprise) le firent à fonds perdus. Ainsi, nous dé­marrons avec Fr. 1860.- en poche, capital augmenté à environ 2000 francs un peu plus tard. Faut l'faire, non ? En tirant toutes sortes de sonnettes nous dégottons pelles, pioches, brouettes, coffre de chantier. Du ciment et du sable au prix coûtant. Même la Scierie des Moilles nous livre charpente et lambris "Derrière-chez-Ravessoud" sans en facturer le transport...

En bref, c'est le 5 mai 1935 que nous donnons le premier coup de pioche. Dès lors, chaque fin de semaine, l'oeuvre prend forme nou­velle. Suivant leurs possibilités les uns arrivent le samedi après­ midi déjà, à vélo ou en tram, et couchent sous tentes, les autres le dimanche matin. Quelques-uns y ont consacré toutes leurs vacances (8 jours pour les apprentis;)

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Je te prie de croire, Ami, que tout ne fut pas facile... Rouler les brouettes du béton des fondations depuis chez Ravessoud (i1 fallait "gâcher" près de la fontaine). Puis, plus tard, transporter à dos d'hommes toute la charpente, les lambris et le reste. Mais jamais l'enthousiasme n'a subi de baisse irréparable. Puis, chose mémora­ble, nous n'avons eu que deux dimanches de pluie entre mai et sep­tembre.

Prenant indirectement part aux travaux, à tour de rôle, chaque di­manche, une patrouille d'éclais, et même les louveteaux, se char­geaient de la popote des travailleurs de force. Ainsi chacun se sen­tait "supporteur" de l'oeuvre entreprise.

Sitôt sèches les fondations, c'est notre ami Buscaglia qui entre en scène. Diplômé menuisier c'est désormais lui qui ordonne le chantier. C'est lui qui nous apprend à scier d'équerre, à raboter, à faire une mortaise sans se taper sur les doigts... (enfin, pas trop...) Et çà monte poutre par poutre, en même temps que la cheminée. Les fenêtres, offertes par l'Ecole des Métiers, sont posées, et tandis que les derniers lambris s'insèrent sous le toit, les cheftaines mastiquent les vitres.

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On peut inaugurer.

Ce fut le 15 septembre. Toute la pluie mise en réserve pendant cet extraordinaire été 1935 a été restituée ce jour-là. Imagine, Ami, au moins 150 personnes pataugeant en souliers de ville dans dix centi­mètres de "papette" pendant que le fourneau ronfle, ronfle pour fai­re du thé en suffisance: Pas de discours, pas de félicitations, seu­lement cette immense joie (et ce petit picotement de cafard parce que c'est "fini") et cette fierté aussi du travail bien fait, dans un chic esprit scout, où chacun a oeuvré selon ses forces et ses dons, gratuitement, pour les autres.

Voilà, Ami, ma longue réponse à ta courte question.

J'ai dû passer sous silence nombre d'anecdotes et je n'ai cité que deux ou trois noms, pour honorer tous les autres. Voulant les nom­mer tous, j'en aurais omis beaucoup (c'est loin quarante ans !). Mais tous ceux qui ont vécu cette aventure, du Louveteau au Vieux Chef que je suis, se retrouvent régulièrement (mêlés à ceux qui nous ont succédé) à l'Association des Anciens Scouts de St. Paul, où nous t'attendons, Ami, car ce sera aussi ton tour.., bientôt.

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Source: document du 50e , bientôt la suite.

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