1977 - La mixite?: gare au comformisme

Extrait du Héraut n° 43 de 1977

Aujourd’hui donc, si on veut être "in", il faut être peur la mixité. Oh, le joli mot! Il m’a fait penser à mixer"; va -a--t-on passer tous nos garçons et nos filles à la moulinette ?
Il faut donc absolument être un groupe mixte si on ne veut pas commettre le péché majeur: être vieux jeu.

Première remarque: est-ce les cadres ou les garçons qui demandent la mixité? Que les cadres l’apprécient, cela ne fait aucun doute c'est tout à fait normal et légitime. Mais pourquoi y contraindre nos gosses? Les a-t-on interrogés?...


Les psychanalystes nous parlent de l'état de "latence" que vivent les enfants des deux sexes de 7-8, ans à 12-13 ans; c'est-à-dire qu’après une période de curiosité durent la petite enfance, l'enfant devient indifférent à l'égard du sexe opposé jusqu'à la veille de la puberté, indifférence parfois teintée d'hostilité.


On dira: justement! il faut combattre cette indifférence en mettant garçons et filles le plus souvent ensemble. Je réponds; faut- il vraiment brûler les étapes? Faire comme ces mamans qui veulent absolument que leur bébé soit précoce, qu'il marche avant les autres: alors elles l'obligent à marcher, à se tenir debout avant l'âge, au risque de lui faire des jambes: courbes? Un des idéaux du scoutisme n'est-il pas le respect de la nature, ce qu'Albi nous rappelait à toute occasion? Ne craignez-vous pas que si tous les mouvements organisés deviennent mixtes sons exception, les enfants ne les délaissent peur former des groupes sauvages, où enfin les filles pourront se retrouver entre filles et les garçons entre garçons!...

Cela m'amène à ma deuxième remarque: conformément au titre de cet article, je ne suis pas du tout un adversaire farouche de la mixité; mais enfin nous ne sommes plus en 1927, mais 5Oans plus tard! Et les arguments qu'on invoque en faveur de la mixité étaient certainement d'actualité il y a cinquante ans, mais plus maintenant! Depuis 50 ans la mixité a été introduite partout, garçons et filles se connaissent, se croisent, se côtoient tous les jours. Il est vrai que Baden-Powell, en créant le mouvement scout, créait une nouveauté, il était d'une certaine manière un révolutionnaire. Dans notre canton, il est vrai qu'il y a 40 ans les Jeunesses Paroissiales étaient également révolutionnaire, en rassemblant ouvertement jeunes gens et jeunes filles pour des séances communes et régulières, alors que partout ailleurs cela leur était quasiment interdit. Mais maintenant cette révolution est faite, la mixité est désormais l'état général. Ce n'est plus une révolution d'introduire la mixité dans un groupe qui ne la connaît pas; c'est s'aligner, se conformer à une pratique désormais acquise par tous.

Pourquoi ne pas réserver aux jeunes, qu'ils soient enfants ou jeunes adultes comme les cadres éclaireurs, des lieux où ils puissent se rencontrer dans une atmosphère détendue?

On a beau dire: qu'elle que soit l'indéniable évolution des relations filles-garçons, évolution heureuse, ce serait refuser l'évidence que de nier qu'une fille reste une fille, qu'un garçon reste un garçon: par conséquent l'ambiance d'un groupe mixte de jeunes adultes est une ambiance de compétition plus encore que dans un groupe homogène. Dans une compétition, il y a toujours des gagnants et des perdants; dans un groupe mixte, ce sont les mêmes qui sont toujours gagnants et les mêmes qui risquent de se sentir toujours frustrés. Les gagnants: ceux qui ont de l'assurance, un physique avantageux, qui ont l'esprit vif, le sens de la réplique qui fuse et mettent les rieurs de leur côté, qui sont doués des talents les plus divers; les autres, les timides, les doux, ceux que le son de leur propre voix dans une assemblée effraie, partiront toujours perdants dans la compétition: des uns et des autres on en trouve aussi bien chez- les garçons que chez les filles! Faut-il que nos mouvements et nos groupes soient toujours organisés en fonction des "battants" et des "gagneurs ?


Qu'on me comprenne bien, je ne désire nullement que les relations entre filles et garçons redeviennent ce qu'elles étaient autrefois: ce n'est ni possible, ni souhaitable. Je dis simplement que dans l'ambiance générale de la mixité dans laquelle nous vivons, les groupements qui seraient assez anticonformistes pour pratiquer avec modération une certaine séparation des sexes pourraient bien être eux à la pointe du progrès.

Le Progrès ne consiste pas à copier servilement les Américains avec 30 ans de retard comme on le fait généralement, mais en regardant les expériences faites ailleurs, noter, à côté des avantages indéniables, les erreurs inhérentes à toute nouveauté, afin d'apporter à temps les corrections nécessaires.

F. Roessiner.

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