1977 - La mixité dans le scoutisme : utopie ou réalité ?

Article d'archive du Héraut n°42 de 1977

Si l'un d'entre vous, telle une mouche, survolait le groupe de chefs et de cheftaines et écoutait d'une oreille discrète, il serait surpris  deconstater une certaine animation dans les propos échangés. Les arguments fusent de part et d'autre, le ton monte entre les cadres du groupe, oubliant subitement la tradition vaudoise se réveillent d'une longue hibernation et retrouvent, toutes proportions gardées, un certain esprit de fronde oublié depuis octobre 1974.
Vous l'avez compris : l'objet de cette euphorie subite se nomme
mixité. Bien que le conseil de direction en ait vaguement parlé lors du "règne" de Pinson et que le questionnaire distribué en 1975 aborde le problème, le débat n'a véritablement commencé que ces derniers temps sous l'impulsion de Claude Calame et d'Alain-Michel Rumpf très enthousiasmés par la fondation d'une unité mixte de louveteaux.
Le but de ces quelques lignes est d'essayer de faire le tour des arguments en présence en espérant que chacun pourra réfléchir à la question et se débarrasser de certains jugements hâtifs et épidermiques.

1.    Un argument souvent avancé par les opposants à la mixité est celui qui consiste à prétendre que la mixité appliquée au mouvement scout le dénaturerait et serait une trahison de la tradition et des idéaux scouts.

Si l'on considère que la loi de l'éclaireur renferme l'idéologie scoute, je ne vois pas en quoi les principes universels énoncés par celle-ci ne seraient applicables qu'aux représentants du sexe dit fort. D'autre part, il faut bien se rendre compte que le scoutisme a été créé au début du siècle et qu'à cette époque, les us et coutumes ne permettaient pas l'introduction de la coéducation.

Depuis, les choses et les mentalités ont bien changé puisque toutes les institutions  et mouvements de jeunesse qui nous entourent ont reconnu les vertus et les avantages de la coéducation. Qui imaginerait aujourd'hui une école, une colonie de vacances ou même un mouvement de jeunes paroissiens non mixte ? Il faut bien l'admettre, le mouvement scout est sur ce plan-là, rétrograde.

A quoi cela nous sert-il de nous voiler la face et de poursuivre une politique de l'autruche au nom de principes dépassés ? Un mouvement de jeunesse se doit de répondre aux aspirations et aux idées de son temps s'il tient à conserver son dynamisme et sa vitalité.

2.    Les opposants à l'introduction de la mixité prétendent également que la situation actuelle du groupe de Saint-Paul n'est pas propice car nous manquons de cadres éclaireurs capables; le passage d'Alain-Michel Rumpf de la branche éclaireur à la branche louveteau créerait, selon eux, un déséquilibre.

Bien entendu, il existe certains problèmes dans le cadre de la branche éclaireur mais le fait de créer une nouvelle unité mixte au niveau louveteau n'aggrave en tout cas pas ces difficultés; au contraire, puisqu'il est permis d'espérer que l'adhésion au groupe de nouvelles familles élargira les possibilités de recrutement des cadres.
Puisque nous avons la chance de disposer d'un chef et d'une cheftaine capables et motivés, ayant tous les atouts pour réussir dans leur entreprise si elle est soutenue par le groupe, je ne vois pas au nom de quel principe nous la laisserions passer.

3.    Que se passerait-il dans 3 ou 4 ans lorsque la meute mixte sera en âge de passer au niveau éclaireur ? C'est une question qui revient souvent dans la bouche d'un opposant, qui imagine des tas de problèmes compliqués auquels le groupe, selon lui, sera incapable de faire face.

Je serais tenté de répondre par une autre question : que sera le groupe dans 3 ou 4 ans? Personne ne peut le dire précisément et il serait hasardeux d'imiter une stratégie peu concluante qui consiste à faire des plans quinquennaux. Il est bien clair que l'avenir de la meute mixte dépend de son présent gt que les différents bilans qui seront effectués régulièrement permettront de trouver la solution la mieux adaptée aux esoins des enfants, des parents et du groupe.

4.    Il est impossible de trouver dans le cadre scout des activités communes pour une meute mixte. Cet argument me semble peu réaliste puisqu'il est prouvé que la coéducation est réalisable dans d'autres mouvements de jeunesse. Le scoutisme serait-il le seul mouvement incapable d'adapter ses activités à la coéducation ?

Et, au nom de quels principes les filles ne pourraient-elles pas bénéficier d'activités telles que le secourisme, le sport, le bricolage ou la cuisine ?

Une fois de plus, et Claude Calame le signale bien dans son article, la coéducation est basée sur la complémentarité des sexes et non sur leur antagonisme. Pourquoi toujours relever ce qui différencie et sépare les êtres humains alors qu'il serait tellement plus naturel de constater leurs traits communs et complémentaires.
En conclusion, je citerai un chef scout neuchâtelois qui parle en connaissance de cause puisqu'il a organisé un camp d'été mixte : "Les activités mixtes sont un moyen, parmi d'autres, de rendre le scoutisme plus efficace, plus attractif, surtout plus fraternel par l'effort que nous devons faire de nous comprendre et de travailler ensemble vers un même but.


Renne

Portrait de Kodiak

Je suis remonté d'entendre

Je suis remonté d'entendre tant de bêtise... ça a pas mal changer depuis 40 ans :) Heureusement!

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